Le Dictionnaire portatif du futur bachelier donne la définition suivante pour le « pragmatisme » :

Attitude qui consiste à régler les problèmes directement, par l’action et l’adaptation aux situations concrètes, et non pas à partir d’idées préconçues ou d’analyses théoriques. L’individu pragmatique met la pratique au-dessus de tout ; il cherche ce qui résout immédiatement le problème, en tâtonnant éventuellement, en s’aidant du bon sens. L’attitude pragmatique cherche ce qui est opérationnel, utilitaire, efficace, sans se soucier de principes préétablis.

Le pragmatisme est aussi une doctrine philosophique, élaborée par [le psychologue américain] W. James (1812-1910), selon laquelle la valeur d’une idée, sa « vérité », dépend uniquement de son efficacité pratique, de son utilité lorsqu’on l’expérimente. N’est vrai que ce qui réussit ; n’est valable que ce qui est socialement utile.

Dans l’église, nous confondons parfois le succès avec la bénédiction de Dieu. Il y avait dans la ville où j’ai grandi une grande église de plusieurs centaines de membres. Le pasteur prêchait des doctrines aberrantes, les chrétiens venaient avec de petits sacs pour y cracher leurs démons, et l’église grandissait ! « Eh ben, ça marche ! » ai-je entendu dire à quelqu’un. On a découvert plus tard que le pasteur avait aussi une maîtresse, mais ça marchait. Dieu bénissait, disait-on.

Ça marchait bien aussi pour Ted Haggard, président de la « National Association of Evangelicals » (NAE, Association nationale des évangéliques) et pasteur de l’église New Life Church de Colorado Springs qu’il avait commencé en 1984 dans son sous-sol et qui a maintenant 14.000 membres. Ça marchait bien jusqu’en novembre 2006 quand il a dû confesser son comportement sexuel immoral. Il a été démis de son église et de la présidence de la NAE.

L’approche pragmatique ne pose pas la question : « Est-ce que c’est juste ? », mais « Est-ce que ça marche ? » Ce système philosophique « made in America »[1] est dévastateur quand on l’adopte dans l’église. La Bible ne constitue plus « la révélation de Dieu à l’homme, la règle infaillible, faisant autorité en matière de foi et de conduite ». On règle les situations d’une manière directe et « non pas à partir d’idées préconçues ou d’analyses théoriques ». On « met la pratique au-dessus de tout », la Parole de Dieu y incluse. On se sert de son « bon sens ». On « cherche ce qui est opérationnel, utilitaire, efficace, sans se soucier de principes préétablis » comme ce que dit Dieu dans sa Parole. Le pasteur pragmatique ne s’inquiète pas des principes bibliques ; il ne considère que les résultats. Il dit : « Donnez-moi quelque chose de pratique ! », comme si la Parole de Dieu n’était pas en fin de compte pratique ou comme si nous étions dans une position pour juger la Parole de Dieu de par notre compréhension de ce qui est pratique.

Le pasteur pragmatique peut même arriver à dire que la sainteté est bien biblique mais qu’elle n’est pas pratique pour la croissance de l’église et qu’il préfère une église remplie de gens à une église à moitié vide. Ainsi, il n’exerce pas la discipline biblique dans son église. Il ne prêche pas la repentance par peur d’offenser. Il accepte en pratique les valeurs culturelles comme le concubinage et l’adultère même s’il se dit être pour les valeurs bibliques. Il peut même arriver à implanter une nouvelle église dans la maison des gens qui vivent en rébellion à la Parole de Dieu tout simplement parce que « ça marche ».

Dieu a une parole pour ces pasteurs pragmatiques :

« Que le méchant abandonne sa voie, Et l’homme de rien ses pensées ; Qu’il retourne à l’Éternel, Qui aura compassion de lui, A notre Dieu, Qui pardonne abondamment. 8 Car mes pensées ne sont pas vos pensées, Et vos voies ne sont pas mes voies, —Oracle de l’Éternel. 9 Autant les cieux sont élevés au-dessus de la terre, Autant mes voies sont élevées au-dessus de vos voies Et mes pensées au-dessus de vos pensées » (Ésaïe 55:7-9).

Satan présentait à Christ des options pratiques, des raccourcis à la gloire, mais Jésus a choisi le chemin de la croix. Paul aurait pu se servir des méthodes culturelles pour se faire bien voir par les Corinthiens, mais il a décidé de prêcher ce qui leur était un scandale et une folie. Il n’était pas très pratique selon les méthodes de ce monde, mais Dieu voit les choses autrement.

Nous nous disons bibliques mais si nous croyons qu’il y a des « cas particuliers » qui font exception à la Parole de Dieu, nous n’avons pas compris la nature adéquate de la Parole de Dieu. Si nous croyons que la Bible est inspirée, mais pas utile pour toute œuvre bonne, nous n’avons pas bien compris que les Écritures ne laissent pas d’exception :

“Toute Écriture est inspirée de Dieu et utile pour enseigner, pour convaincre, pour redresser, pour éduquer dans la justice, 17 afin que l’homme de Dieu soit adapté et préparé à toute œuvre bonne” (2 Timothée 3:16-17).

C’est la Bible qui porte autorité en ce qui concerne non seulement la foi mais également nos pratiques. Cela ne concerne pas seulement les membres de l’église ; cela concerne d’autant plus les dirigeants. La Parole de Dieu justifie ou invalide notre style de louange et d’adoration, nos méthodes pour attirer des jeunes, de financer l’œuvre de Dieu, d’évangéliser et d’implanter des églises. Si nous agissons d’une manière qui n’est pas soutenue par les Écritures, comment pouvons-nous attendre la bénédiction de Dieu ? « Ça marche. » Peut-être, mais ce n’est pas béni de Dieu. La Parole de Dieu est adéquate pour toute situation sans exception aucune. 

[1] Charles Colson, Being the Church, (Nashville, W Publishing Group, 2003), p. 195.

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