Cœur de berger

Quelques réflexions sur la vie de l'Église

Réponse : Le don de prophétie est-il pour aujourd'hui ?

Je viens de poster la réponse suivante à l’article « Le don de prophétie aujourd’hui » sur le site réformé évangélique Réflexions chaunypsiennes. Selon l’article, ceux qui pensent que le don de prophétie est toujours disponible aujourd’hui adoptent une position « un peu schizophrène ». Vous pouvez lire son article en cliquant ici. Voici ma réponse (qui est aussi publié sur le site mentionné).

Nous affirmons l’autorité finale des Écritures.

Je vous remercie pour un article intéressant et bien recherché. En tant que pentecôtiste, j’aimerais bien répondre, s’il vous plaît. Le pentecôtiste reconnaît bien que le Nouveau Testament est aussi inspiré que l’Ancien Testament. Paul était conscient du fait qu’il écrivait la Parole de Dieu (1 Thessaloniciens 4:8) et Pierre reconnaissait les écrits de Paul comme « Écritures » (2 Pierre 3:15-16). Pourtant, le pentecôtiste fait une distinction entre la parole dite et la Parole écrite. Tout ce qui se dit doit s’accorder avec ce qui est écrit. Le divin processus de l’inspiration s’appliquait surtout à la rédaction des Écritures : « Toute écriture est inspirée de Dieu… » (2 Timothée 3:16-17). Si les hommes ont été « poussés » par le Saint-Esprit (2 Pierre 1:21), le terme « inspiration » s’applique aux Écritures de sorte que toute parole écrite est la Parole de Dieu grâce à (1) l’élévation de la compréhension de l’auteur humain, (2) la surveillance par le Saint-Esprit du processus pour que les Écritures soient partout et entièrement inspirées (inspiration plénière) et (3) la suggestion de termes pour que le vocabulaire choisi communique avec précision la pensée de Dieu (inspiration verbale), (sans parler de la préparation de l’homme pour cette tâche). Ainsi, la Parole de Dieu écrite est la mesure de toute prophétie ultérieure tout comme à travers l’histoire du peuple de Dieu, toute prophétie devait s’accordait avec tout ce qui avait été prophétisé ou révélé antérieurement.

C’est pour cette raison que Paul dit que toute prophétie qui est donnée dans l’assemblée doit être jugée (1 Corinthiens 14:29). Paul parle de prophétie et en même temps de la nécessité de la juger. Encore il dit d’examiner les prophéties et de retenir ce qui est bon : « N’éteignez pas l’Esprit ; ne méprisez pas les prophéties ; mais examinez toutes choses, retenez ce qui est bon » (1 Thessaloniciens 5:19-21).

Le don de prophétie de 1 Corinthiens 12 et 14 ne sert pas à donner de nouvelles doctrines.

En tant que pentecôtiste traditionnel, je dis un grand AMEN que la Bible est « complète, efficace, suffisante, inerrante, infaillible et faisant autorité ». C’est exactement ce que nous enseignons. Mais il faut comprendre que le but de la prophétie, en contraste avec les Écritures données par l’inspiration verbale et plénière, n’est pas de donner de nouvelles révélations. On ne s’attend pas à ce qu’il y ait de nouveaux enseignements. Paul dit : « Celui qui prophétise, au contraire, parle aux hommes, les édifie, les exhorte, les console » (1 Corinthiens 14:3). Édification, exhortation et consolation ; pas de nouveaux enseignements. Comme les Écritures sont adéquates (2 Timothée 3:15-17), nous ne devons pas nous attendre à de nouvelles doctrines.

Concernant la prophétie dans le Nouveau Testament, nous lisons que certains frères « (Poussés) par l’Esprit, ils disaient à Paul de ne pas monter à Jérusalem » (Actes 21:4). Quant à Paul, il a compris que « de ville en ville, le Saint-Esprit atteste et me dit que des liens et des tribulations m’attendent » (Actes 20:23), et non pas qu’il ne devait pas monter à Jérusalem. Après la prophétie d’Agabus, « nous et ceux de l’endroit, nous avons supplié Paul de ne pas monter à Jérusalem. Alors Paul répondit : Qu’avez-vous à pleurer et à me briser le cœur ? Car moi, je suis prêt, non seulement à être lié, mais encore à mourir à Jérusalem pour le nom du Seigneur Jésus. Comme il ne se laissait pas persuader, nous n’avons plus insisté et nous avons dit : Que la volonté du Seigneur se fasse ! (Actes 21:12-14). Nous notons que cette sorte de prophétie n’avait rien affaire avec une nouvelle doctrine et qu’elle était sujette à de diverses interprétations : les uns disaient que Paul ne devait pas monter à Jérusalem ; Paul a bien compris qu’il serait lié à Jérusalem. Dieu ne disait pas à Paul de ne pas monter à Jérusalem ; il le préparait pour ce que l’attendait.

On ne peut pas argumenter pour une cessation des dons spirituels sur la base de 1 Corinthiens 13.

Avec mes respects, votre argument concernant la cessation des dons spirituels, basé sur 1 Corinthiens 13:8-13, est plutôt forcé. Si, comme vous le dites, nous voyons Christ maintenant « face-à-face » grâce au Saint-Esprit (et je suis d’accord que le Saint-Esprit demeure en tout chrétien né de nouveau, Romains 8:9), Paul n’aurait pas pu faire le contraste entre « aujourd’hui » et « alors » parce que l’Esprit avait déjà été donné quand Paul écrivait ces paroles. En plus, ce contraste continue dans la phrase suivante : « aujourd’hui je connais partiellement, mais alors, je connaîtrai comme j’ai été connu » (1 Corinthiens 13:12). Pouvons-nous affirmer que nous connaissons Christ comme nous avons été connus ? Cette parole que nous connaissons partiellement, était-elle seulement pour les chrétiens du premier siècle ? Sommes-nous vraiment arrivés à la perfection ?

Que penser des prophéties vagues ?

Vous avez raison de dire que les prophéties que l’on entend parfois dans les milieux pentecôtistes et charismatiques « ne sont que de vagues exhortations sans contenu spécifique et que l’on [ne] peut [pas] donc juger vrai ou faux ». Quand j’entends quelqu’un ne prophétiser que Dieu nous aime, je tire la conclusion que ce « message » était sur le cœur de la personne, mais qu’elle n’a pas été « poussée » par l’Esprit de Dieu. Les pasteurs sont trop souvent laxistes à cet égard. Paul dit « que les autres jugent » (1 Corinthiens 14:29). C’est rare d’entendre un pasteur dire aux brebis si une prophétie était ou n’était pas de Dieu. Et trop souvent, comme le pasteur ne dit rien, les brebis acceptent la prophétie comme un message de Dieu. Les bergers sont appelés à protéger les brebis, mais trop souvent ils abandonnent leur poste.

Au sujet de ces « vagues exhortations », il y a quand même une certaine tension dans les Écritures entre la foi et la révélation. La révélation de Dieu n’enlève pas la nécessité de marcher par la foi et de lui faire confiance. Par exemple, dans les Actes 16:6-10, Paul marche pendant des semaines sans savoir d’une manière précise la volonté de Dieu : Quand Dieu nous parle, ce n’est pas pour nous épargner l’effort de discerner, d’évaluer et de marcher par la foi. « Empêchés par le Saint-Esprit d’annoncer la parole dans l’Asie, ils traversèrent la Phrygie et le pays de Galatie. Arrivés près de la Mysie, ils tentèrent d’aller en Bithynie ; mais l’Esprit de Jésus ne le leur permit pas » (Actes 16:6-7). Arrivé à Troas, Paul a une vision : « un Macédonien debout le suppliait en disant : Passe en Macédoine, viens à notre secours ! » (Actes 16:9). Pourtant, Dieu n’a pas dit d’aller en Macédoine. Mais Luc nous dit que c’est la conclusion qu’ils ont tirée de la vision : « nous avons aussitôt cherché à nous rendre en Macédoine, concluant que Dieu nous appelait à y annoncer l’Évangile » (Actes 16:10). La parole prophétique n’enlève pas la nécessité de réfléchir. Nous marchons par la foi, nous évaluons les circonstances, et nous sommes à l’écoute pour bien discerner la direction de Dieu, mais quand il parle, il nous reste toujours d’évaluer et de tirer une conclusion. C’est une des raisons pourquoi les prophéties directives ne sont pas bibliques : elles enlèvent l’élément du discernement, du jugement et la nécessité de marcher par la foi.

Le Dieu de la Bible est le Dieu d’aujourd’hui et le message de la Bible est le message pour aujourd’hui.

Ce qui me semble plus problématique dans votre article, c’est que le Dieu de la Bible n’est plus disponible pour son peuple. Le Dieu qui a parlé à Adam, Abraham, Isaac, Jacob, David, Pierre, Philippe, Paul et à tous les autres, est maintenant déiste et muet. Il m’a donné la Bible pour que je sache ce qu’il était et ce qu’il a fait dans le passé, et bien sûr – et pour ce point, je suis d’accord – pour que je vive selon sa parole, mais concernant mes choix de métier, de mariage, de ville, etc., il m’abandonne. Il n’a pas de plan spécifique pour ma vie. Il n’est pas important avec qui je me marie pourvu que cette personne soit chrétienne. C’est à moi de décider grosso modo comment je vais passer mes jours sur cette terre. Cette vision de la vie ne me plaît pas du tout parce qu’elle n’est pas biblique. Voilà le problème de cette interprétation. Je dois vivre selon la Bible mais je ne peux pas m’attendre à vivre comme les gens de la Bible qui ont marché avec Dieu. Je dois croire en Dieu, mais je ne peux pas le connaître ici-bas. Désolé, mais ce n’est pas une vision biblique. Jésus dit : « Mes brebis me connaissent… mes brebis entendent ma voix » (Jean 10:14, 27).

Avec tous mes respects, selon votre vision des choses, tout est bien ordonné, il n’y a pas de désordre, tout est à sa place. C’est beaucoup plus facile de supprimer ce qui peut dérailler que de ranger les choses qui se dérangent de temps en temps. Mais la Parole de Dieu n’est-elle pas pour nous aujourd’hui ? « N’éteignez pas l’Esprit ; ne méprisez pas les prophéties ; mais examinez toutes choses, retenez ce qui est bon » (1 Thessaloniciens 5:19-21). Cette parole n’est-elle pas pour nous ? Quelle sorte d’herméneutique se termine par supprimer la Parole de Dieu ? Nous lisons dans 1 Corinthiens 14, que l’auditeur de la prophétie « est convaincu par tous, il est jugé par tous ; les secrets de son cœur sont dévoilés. Alors, tombant sur la face, il adorera Dieu, et publiera que Dieu est réellement au milieu de vous » (1 Corinthiens 14:24-25). N’en avons-nous pas toujours besoin aujourd’hui ?

Je suis bien d’accord avec vous qu’il y a des choses à corriger dans les églises pentecôtistes et charismatiques. Concernant les prophéties, John Bevere a écrit un livre excellent : Ainsi parle l’Éternel ? Il y a des pasteurs pentecôtistes qui cherchent à corriger les excès afin que Dieu soit glorifié. S’il y a des problèmes, corrigeons-les, mais ne jetons pas le bébé avec l’eau de bain. Que le Seigneur nous aide. Et qu’il vous bénisse abondamment, mon frère.

Mise à jour : Les liens du premier paragraphe ont été mis à jour le 11 octobre 2012.

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  1. Une première réaction à votre commentaire courtois et argumenté.

    J’apprécie avant toute chose que les chrétiens défendent leurs traditions, leurs pratiques et leurs croyances en cherchant à les soumettre à l’Ecriture. C’est ce que vous faites avec passion, et je trouve cela admirable. J’essaie d’en faire de même.

    Quelques remarques sur votre réponse :

    1) Je ne disais pas dans mon article que les pentecôtistes n’affirmaient pas l’autorité finale de la Parole de Dieu, et Dieu merci, vous l’affirmez ! Je faisais simplement la remarque que votre position est un peu « schizophrène : d’un côté, ils disent que la révélation divine n’est pas close, mais qu’elle continue, mais de l’autre côté, ils veulent maintenir l’autorité unique de l’Ecriture ». Cela vous oblige a trouvé deux niveau d’autorité dans les révélations : la révélation biblique, qui est inspirée et infaillible, et la révélation prophétique, qui est faillible. Pour ce faire, les théologiens charismatiques et pentecôtistes veulent montrer que le prophète du NT est inférieur (en fiabilité) au prophète de l’AT. Ce que j’ai montré dans la première partie de mon article, c’est qu’il ne me semblait pas légitime de faire une telle distinction. Agabus, le seul prophète du NT que l’on voit en activité, est ainsi un prophète qui agit de la même façon qu’un prophète de l’AT.

    C’est pour cette raison que le jugement des prophéties (1 Cor 14.21 ; 1 Thess 5.19-21) doit plutôt être compris comme le fait de déterminer qui sont des vrais prophètes (inspirés et infaillibles) et qui sont des faux prophètes, selon le test proposé en Deutéronome 18.15-22.

    2) Vous avancez que le don de prophétie en 1 Cor 12 et 1 Cor 14 ne sert pas à donner de « nouvelles révélations ». De fait, le mots qui sont employés dans ces chapitres sont « révélations » (14.30) et « sciences des mystères » (13.2) qui servent à désigner la production de la « nouvelle » doctrine que les chrétiens doivent adopter à la lumière de l’événement majeure qu’est la Crucifixion. Il s’agit là à mon avis d’une « nouvelle » révélation.

    3) L’argument cessassioniste majeure n’est pas tiré de la lecture que je fais de 1 Corinthiens 13, et qui est parfois contesté même chez les cessationistes. L’argument le plus important est celui qui s’appuie sur l’épître aux Ephésiens qui nous montre que le rôle des Apôtres et des Prophètes a servi de fondation à l’Eglise. Puisque la fondation a été posée, il n’y a plus besoin ni d’Apôtres, ni de Prophètes.

    De mon point de vue, ce qui est « parfait » et qui nous fait connaître Christ tel qu’il est, c’est le canon complet du Nouveau Testament qui rend parfaitement témoignage de la personne du Fils qui est lui-même l’image parfaite de Dieu.

    4) Je suis heureux que certains Pentecôtistes disent que « la parole prophétique n’enlève pas la nécessité de réfléchir ». J’ai néanmoins l’impression que ce n’est pas la pratique de tous.

    5) Je suis bien d’accord avec vous pour dire que le Dieu de la Bible est le Dieu d’aujourd’hui et que le message de la Bible est le message d’aujourd’hui. Je dis cela, et en fait, je ne dis que cela. C’est pourquoi je dis et redis que la Bible, et qu’elle seule, est « complète, efficace, suffisante, inerrante, infaillible et faisant autorité ».

    Sur la connaissance de la volonté de Dieu, je suis le premier à dire qu’il faut rechercher la volonté de Dieu (pour son métier, son mariage, sa ville…), simplement nous ne la cherchons pas de la même façon. Je ne m’attends pas à être guidé d’une façon « directe » par la voix audible de Dieu. Je pense plutôt que Dieu renouvelle petit à petit notre intelligence, qu’il forme notre sagesse, et que c’est en recherchant la sagesse biblique que nous nous formons des jugements qui suivent les principes bibliques qui nous permettront de prendre les bonnes décisions, conformes à sa volonté morale. Je ne me sens pas du tout abandonné. Je crois en Dieu, et je crois que je peux le connaître ici bas, parce qu’il nous a laissé une révélation parfaite de lui-même. Désolé, mais je pense que c’est une vision biblique. Toutes les fois que j’ouvre ma Bible ou que quelqu’un prêche la Parole, j’entends sa voix…

    6) En ce qui concerne votre allusion à l’argument selon lequel la prophétie doit nécessairement être pour aujourd’hui, sinon il n’y aurait aucun intérêt à la placer dans la Bible, j’aurais tendance à dire que toutes les circonstances dont la Bible parle n’ont pas une application directe pour le chrétien d’aujourd’hui. Lorsque Paul conseille à Timothée de prendre du vin pour son ventre, il s’agit d’une circonstance propre au moment où la lettre à été écrite et qui n’a pas d’application directe aujourd’hui. Je pense qu’il en est de même pour la prophétie, car la circonstance propre au don de prophétie (la continuation du canon) a disparu, et par conséquent, le don de prophétie telle que le décrit le NT a disparu avec la circonstance qui a créé l’occasion pour un telle don.

    Il est bon que « des pasteurs pentecôtistes […] cherchent à corriger les excès afin que Dieu soit glorifié », et il faut que les pratiques de nos églises soient de plus en plus bibliques, étant données nos présuppositions. Si l’on est continuationiste (comme les Pentecôtistes), alors il faudra veiller à ce que vous désignez comme don de prophétie et de parler en langue soit pratiquer dans le cadre des instructions que l’on trouve en 1 Cor 12-14. Si l’on est cessationiste (comme je le suis), alors il faudra veiller à ce que notre accueil des frères qui ne pensent pas comme nous soit chaleureux. C’est ce que vous et moi essayont de faire, et j’espère que nous y parvenons. Dieu nous viennent en aide !

    Je ferais remarquer que malgré mes désaccords avec la théologie pentecôtiste, je reconnais que Dieu, dans sa souveraineté et dans sa magnanimité, oeuvre grandement dans le mouvement Pentecôtiste qui, au-delà de ce que je considère comme des manifestations folkloriques (excusez-moi du terme, mais on est cessationiste, ou on ne l’est pas !), est pour la plupart attaché fermement à la Parole de Dieu par laquelle Dieu transforme des vies. Que notre Dieu continue de vous bénir !

  2. Je vous remercie, frère, d’avoir pris le temps de dialoguer avec moi concernant notre foi commune.

    À la base de cette discussion est la question de si Dieu nous parle aujourd’hui comme il parlait à son peuple dans l’Ancien Testament et dans le Nouveau Testament. Dieu parle-t-il à son peuple aujourd’hui comme il lui parlait dans la Bible? Je suis bien d’accord que nous devons être des gens de la Parole et que toute notre manière de voir le monde doit être façonnée par cette révélation écrite. Nous devons être « transformés par le renouvellement de notre intelligence » (Romains 12:2). Dieu veut transformer notre caractère et notre pensée pour que nous puissions « discerner ce qui est important » (Romains 2:18). Il est intéressant de noter l’importance attribuée à la réflexion comme moyen pour discerner la volonté de Dieu dans le livre des Actes (par exemple : 10:19, 34 ; 11:18 ; 15:19, 22, 25, 28 ; 16:10). Je suis bien d’accord que nous devons nous appliquer à étudier les Écritures pour comprendre les voies de Dieu et les principes qui nous sont nécessaires pour marcher d’une manière digne de notre vocation et pour « prendre les bonnes décisions, conformes à sa volonté morale ».

    Élargir les catégories de « prophète » et de « révélation »
    Nous sommes d’accord sur ces affirmations, mais il me semble qu’il convient d’élargir certaines catégories. Les catégories bien étanches sont peut-être plus maîtrisables, mais je ne suis pas sûr qu’elles reflètent ce que Dieu a révélé dans sa Parole.

    Par exemple, vous dites que « l’épître aux Éphésiens… nous montre que le rôle des Apôtres et des Prophètes a servi de fondation à l’Eglise. » Je suis bien d’accord, mais Paul ne dit pas qu’il n’y aurait plus de prophètes après la fondation de l’église. Et il n’a pas dit que tous les prophètes ne servaient qu’à fonder l’église. Qui étaient les prophètes ? La catégorie est-elle monolithe ? Tous les prophètes y sont-ils inclus ? Les filles vierges de Philippe qui prophétisaient étaient-elles incluses dans la fondation de l’église (Actes 21:9) ? Où placer les femmes de Corinthe qui prophétisaient (1 Corinthiens 11:5) ? Il est clair qu’il y avait plusieurs prophètes et prophétesses à Corinthe : « Pour les prophètes, que deux ou trois parlent, et que les autres jugent » (1 Corinthiens 14:29). « Car vous pouvez tous prophétiser successivement, afin que tous soient instruits et que tous soient exhortés. Les esprits des prophètes sont soumis aux prophètes » (1 Corinthiens 14:31-32). « Ainsi donc, frères, aspirez à prophétiser, et n’empêchez pas de parler en langues » (1 Corinthiens 14:39).

    Il y avait donc plusieurs, peut-être beaucoup de prophètes à Corinthe. Si leur fonction n’était que de fonder l’église, pourquoi était-il nécessaire pour Paul de leur donner des instructions sur l’emploi du don de la prophétie ? Excusez-moi, mais il est trop simpliste de limiter la fonction des prophètes à la fondation de l’église, et la prophétie à la révélation. Le rôle des prophètes était divers et s’étend de Genèse à l’Apocalypse. Le registre de prophètes et prophétesses inclut Abraham (Genèse 20:7), Aaron (Exode 7:1), Miryam (Exode 15:20), David (Actes 2:30), Zacharie (Luc 1:26), Anne (Luc 2:36) et encore d’autres. Même Caïphe a prophétisé (Jean 11:51). En vue de la présence de tant de prophètes à Corinthe, à Jérusalem (Actes 11:27), à Antioche (Actes 13:1), à Rome (Romains 12:6), à Thessalonique (1 Thessaloniciens 5:20) et de l’instruction qui leur a été adressée pour leur correction (1 Corinthiens, Romains et Thessaloniciens), comment pouvons-nous conclure que ces gens qui avait besoin d’être corrigés par rapport à leurs dons spirituels étaient tous inclus dans la pensée de Paul dans Éphésiens 2:20 et 3:5 ? L’église a été bien fondée sur les apôtres et les prophètes, mais lesquels ? Il convient de reconnaître la diversité dan le concept si nous voulons tenir compte de tout ce révèle la Bible à ce propos.

    Quant au but de la prophétie, l’accent n’est pas tellement sur la révélation que sur l’instruction, l’exhortation (1 Corinthiens 14:31), l’édification et la consolation (14:3). Quand on parle de révélation, encore faut-il élargir la catégorie : 1 Corinthiens 14:24-25 parle de dévoiler les secrets du cœur du non-croyant, pas une nouvelle révélation ou doctrine. Tout terme est défini par son contexte. Encore, la prophétie peut être une révélation, par exemple la famine (Actes 11:28) ou une direction stratégique pour l’église (Actes 13:1-2), mais ces révélations ne sont pas sur le même pied d’égalité avec le canon. Un des principes de la canonicité était l’utilité pour toute l’église.

    Comment discerner la volonté de Dieu
    Il faut élargir les catégories. Encore, Dieu a-t-il cessé de parler à des gens par d’autres manières quand les Écritures furent achevées ? Vous dites que Dieu nous dirige à travers les principes des Écritures. Je suis bien d’accord comme j’ai démontré dans mes étude sur la volonté de Dieu (voir http://www.coeurdeberger.org/content.php?folder_id=11, surtout le troisième message (http://www.coeurdeberger.org/content.php?page_id=30). Nous pouvons discerner la volonté de Dieu en comprenant les principes de la Parole de Dieu, par la prière, en discernant sa main de providence dans les circonstances, en attendant patiemment l’accomplissement de sa volonté et par la paix dans le cœur. Tous ces pas ensemble nous aident à comprendre la direction de Dieu. Mais quel principe Philippe invoqua-t-il quand il décida de quitter le réveil en Samarie pour se rendre dans le désert (Actes 8:26) ? Quel principe Paul appliqua-t-il quand il était empêché d’annoncer la parole dans l’Asie, quand il n’était pas permis d’aller en Bithynie, quand il décida d’annoncer l’évangile en Macédoine (Actes 16:6-10) ? Ce n’était pas une question morale pour Philippe de se rendre dans le désert que de continuer à prêcher en Samarie. Ce n’était pas plus moral pour Paul d’évangéliser la Macédoine que d’évangéliser la province d’Asie ou la Bithynie. Il s’agissait tout simplement de la stratégie de l’Esprit de Dieu. Le principe que je vois dans ce passage est celui de la liberté. Paul n’attendait pas une révélation spéciale pour continuer son œuvre. Il savait qu’il était appelé à prêcher la parole. Si le Saint-Esprit l’empêchait d’annoncer la parole dans l’Asie, il a fait le projet d’aller en Bithynie, « mais l’Esprit de Jésus ne le leur permit pas ». Même si Paul avait eu la Bible entière à sa disposition, il n’aurait pas pu savoir que Dieu voulait qu’il se rende en Macédoine. La clôture du canon n’était pas le signal pour Dieu d’agir différemment qu’auparavant.Si le Saint-Esprit a poussé Luc à écrire ce passage, et s’il l’a inspiré, c’était pour nous enseigner que Dieu nous dirige, parfois de manières ordinaires (en fermant des portes), parfois de manières extraordinaires. Dans la Parole de Dieu, qu’est-ce qui indique que Dieu se tairait dès que la Parole de Dieu écrite était achevée ? La clôture du canon n’était pas le signal pour Dieu d’agir différemment qu’auparavant. Quand nous affirmons que la Bible est l’autorité finale, nous voulons dire qu’elle est l’arbitre final et que toute décision, direction ou parole ou prophétie doit s’accorder avec ce qui est écrit.

    Si Paul ne recevait pas des révélations spéciales à tout moment, nous ne devons pas nous y attendre non plus. La révélation spéciale venait à un moment et à un endroit stratégiques dans le ministère de Paul. Si les Écritures ont été écrites pour notre instruction, il n’est pas anormal que Dieu nous parle à des moments stratégiques dans nos vies. Au fond, c’est cela la question.

    Il n’est donc pas « schizophrène » de dire que Dieu parle « tantôt d’une manière, tantôt d’une autre » (Job 33:14 ; cf. Hébreux 1:1-2), mais quand nous affirmons que la Bible est l’autorité finale, nous ne voulons pas dire qu’il n’a pas d’autres manières de parler. Nous voulons dire simplement que tout doit être jugé par ce qui est infaillible.

    Vous m’attribuez deux niveaux de révélation, l’un inspiré et infaillible, l’autre prophétique et faillible. Ce n’est pas la révélation qui soit faillible, mais moi. C’est une des raisons pour lesquelles nous devons tout juger selon la mesure de la Parole. Gédéon a reçu une parole de Dieu, mais il a demandé une double confirmation de cette parole, non pas parce que la parole était faillible mais parce qu’il était lui-même faillible. Comme j’ai dit dans ma première réponse, Paul et son équipe ont réfléchi à la révélation que Dieu leur a donnée pour en tirer une conclusion. Pouvons-nous mettre cette vision de l’homme de Macédoine sur le même pied d’égalité avec la Parole de Dieu ? Je crois que non. Pierre aussi fait un contraste entre ce qu’il avait expérimenté sur la montagne à la transfiguration de Christ et la parole écrite : « Et nous tenons pour d’autant plus certaine la parole prophétique… Avant tout, sachez qu’aucune prophétie de l’Écriture… » (2 Pierre 1:19-20). Puisque nous sommes faillibles, nous devons réfléchir à ce que Dieu nous a communiqué. Mais nous devons évaluer notre conclusion par rapport à la Parole écrite qui est « plus certaine ».

    « Les derniers jours » étaient-ils limités au premier siècle ?
    Dans les Actes 2, Pierre cite la prophétie de Joël : « Dans les derniers jours, dit Dieu, Je répandrai de mon Esprit sur toute chair ; Vos fils et vos filles prophétiseront Vos jeunes gens auront des visions, Et vos vieillards auront des songes. Oui, sur mes serviteurs et sur mes servantes, Dans ces jours-là, je répandrai de mon Esprit ; Et ils prophétiseront » (Actes 2:17-18). Ceux qui prophétisaient ce jour-la n’annonçaient pas de nouvelles doctrines mais « des merveilles de Dieu » (Actes 2:11). Qu’est-ce qui indique que ce don était limité au premier siècle ? « Car la promesse (Luc 24:49 ; Actes 1:4 ; 2:33) est pour vous, pour vos enfants, et pour tous ceux qui sont au loin, en aussi grand nombre que le Seigneur notre Dieu les appellera » (Actes 2:39). Si les derniers jours n’ont cessé à la fin du premier siècle, qu’est-ce qui nous fait conclure que l’effusion du Saint-Esprit et les dons du Saint-Esprit ne sont plus pour nous ?

    L’utilité de toute la Parole de Dieu
    Comme cessationniste, vous croyez que le don de prophétie a été limité à l’église naissante. Si c’est le cas, il n’est pas difficile de reconnaître les faux prophètes par leurs fruits (Matthieu 7:15-23) car tous les prophètes sont faux. Cet avertissement de notre Seigneur est alors un autre exemple d’une parole caduque avec laquelle nous n’avons pas besoin de nous inquiéter. C’est plus facile de renfermer les dons spirituels dans le premier siècle que de devoir traiter avec le désordre (cf. 1 Corinthiens 14:33, 40) qui est parfois le résultat du mauvais emploi des dons. Mais alors nous n’aurions pas besoin de ces chapitres. Pourtant, je crois que « toute écriture est… utile » (2 Timothée 3:16). Même le conseil personnel de Paul à Timothée concernant ses « fréquentes indispositions » (1 Timothée 5:23) communique un principe important pour des extrémistes : Dieu peut se servir de la médicine pour nous guérir.

    Un grand merci
    J’ai beaucoup apprécié notre discussion et de votre accueil chaleureux et fraternel. Un de ces jours, nous nous verrons « face à face » :, et nous nous embrasserons parce que je reconnais en vous un frère qui aime la Parole de Dieu et le Dieu de la Parole. Que Dieu vous bénisse abondamment !

  3. Cher Gary,

    C’est moi qui vous remercie d’accepter de discuter avec moi. A mon avis, il n’y a que deux positions cohérentes : soit admettre que les dons spirituels apostoliques ont disparu et offrir à Dieu un culte en conséquence (cessationisme), soit soutenir que les dons spirituels apostoliques sont toujours disponibles et qu’il faut donc continuer à utiliser ses dons dans le culte du Seigneur (charimatisme et pentecôtisme).

    La position intermédiaire (continuationisme non-charismatique) qui consiste à dire que, « quand même, on ne peut pas nier que les dons continuent d’exister, mais qu’on ne va pourtant pas utiliser ces dons dans l’exercice du culte du dimanche, parce quand même, c’est parfois un peu dérangeant tout ce qui se passe chez les charismatique » est une position fondamentalement incohérente, qui reconnaît la disponibilité de certains dons que l’on refuse d’utiliser. Notre discussion est donc utile pour permettre de mettre en valeur la cohérence respective de nos points de vue, et permettre aux « continuationistes non-charismatiques » de trouver une position plus cohérente.

    Faut-il maintenant « élargir les catégories » comme vous le dîtes ? Selon vous, « les catégories bien étanches sont peut-être plus maîtrisables, mais je ne suis pas sûr qu’elles reflètent ce que Dieu a révélé dans sa Parole ». C’est votre point de vue, et je le respecte, mais permettez-moi de vous dire que je ne suis pas d’accord avec vous, du moins en ce qui concerne l’élargissement que vous proposez des catégories de « prophéties » et de « révélation ». Une catégorie biblique est définie par la Bible, elle a le sens aussi large que la Bible lui donne, et on ne peut l’élargir plus que ce que la Bible elle-même le fait. Ou comme vous le dîtes, « tout terme est défini par son contexte », qu’il s’agisse du contexte immédiat ou du contexte biblique.

    I. La catégorie de prophète regroupe certaines personnes dans un contexte biblique qui est celui d’un canon non encore fermé.

    1. Les prophètes de l’AT ont la même fonction que les prophètes du NT.

    Si les auteurs bibliques ont volontairement choisi le mot qui, dans l’ancienne traduction grecque de la Bible, désignait les prophètes de l’AT pour également désigner les prophètes du NT, il s’ensuit que ces auteurs inspirés voyaient une continuité fondamentale entre le prophète de l’AT et du NT. C’est ce que j’ai argumenté dans la première partie (I. 1. & 2.) de mon article.

    2. Il n’y a pas plusieurs sortes de prophètes dans le NT.

    Là où le mot « prophète » est utilisé, je ne vois qu’une seule et même catégorie de personne, parce que sinon les auteurs du NT auraient utilisés d’autres termes pour désigner « différentes sortes de prophètes ». Lorsque donc je dis que « l’épître aux Éphésiens… nous montre que le rôle des Apôtres et des Prophètes a servi de fondation à l’Eglise », je veux dire par là que le rôle des prophètes étaient de fonder l’Eglise de tous les temps, et non pour fonder leurs églises locales.

    Le rôle des Prophètes du NT était fondateur, parce que leur rôle était de faire dans l’assemblée locale ce que Jésus avait fait avec les disciples d’Emmaüs (Luc 24.27) : leur expliquer comment l’AT parlait de Jésus (cf. 2 Cor 3.14). Après l’événement fondateur de la Crucifixion, le Christ a donné à son Eglise des hommes (et des femmes) qui auraient le rôle fondateur d’expliquer l’AT à la lumière de la vie, de la mort, de la résurrection et de l’ascension de Christ. Dès lors, une nouvelle période de révélation s’ouvraient : la période des Apôtres et des Prophètes qui allaient produire véritablement la doctrine du NT, laquelle rend plus clair ce qui était contenu de façon partielle et cachée dans l’AT. Mais une fois que cette période s’est achevé, une fois que les Apôtres et les Prophètes ont eu fini d’expliquer comment la Nouvelle Alliance accomplissait l’Ancienne, les révélations ont cessé d’être. Certaines des prophéties des Apôtres et des Prophètes ont été mises par écrit, et c’est ce qui fait notre NT, qui contient les « oracles de Dieu » autant que l’AT.

    Dès lors, le rôle des quatre filles vierges de Philippe étaient précisément d’annoncer l’Evangile de façon claire, en révélant au monde comment il fallait lire l’AT. Il en était de même à Corinthe, même si cela se faisait dans le désordre. Nous avons aujourd’hui à notre disposition un Nouveau Testament par écrit (dans le canon) qui est parfait, et pourtant il y a plein de façons possibles de mal utiliser nos Bibles. De même, les Corinthiens avaient les rudiments du Nouveau Testament par oral (dans les prophéties), mais ils pouvaient utiliser ce don de plein de mauvaises façons, raison pour laquelle Paul régula l’exercice des dons à Corinthe.

    3. La « prophétie » est par essence « révélation ».

    En 1 Corinthiens 12-14, la prophétie est clairement définie comme « la science de tous les mystères » (1 Cor 13.2) – le mystère était chez Paul ce qui autrefois caché et désormais pleinement révélé, c’est-à-dire une pleine compréhension de l’Evangile – et l’activité prophétique est décrit comme le fait de recevoir des « révélations » (1 Cor 14.30).

    Après, il ne faut pas confondre la nature de la prophétie et ses effets. La prophétie du NT étant fondamentalement la production de la doctrine du NT, il est clair que le fait de montrer comment l’AT s’accomplit en Jésus est quelque chose qui « instruit » et qui « encourage » (1 Cor 14.31), qui « édifie » et qui « console » (1 Cor 14.31). Quoi de plus instructif, de plus encourageant, de plus édifiant et de plus réconfortant que la proclamation de l’Evangile et son application à la vie du croyant ? Tels étaient l’effet des révélations que recevaient les prophètes du NT.

    Mais ces prophéties n’avaient pas seulement un effet sur les croyants : si un non-croyant entrait dans l’assemblée alors qu’une prophétie était proclamée, lorsqu’un prophète avait reçu une révélation sur la façon de comprendre l’AT et l’œuvre de Christ, alors l’Evangile était également clairement annoncé au visiteur non-chrétien, si bien que celui-ci était confronté à la découverte de son propre péché, de sa propre culpabilité. Autrement dit « les secrets du cœur du non-croyant » étaient dévoilés (1 Cor 14.24-25) par la « nouvelle » doctrine du « nouveau » testament.

    Enfin, en ce qui concerne les exemples de révélations d’événements (Ac 11.28), de direction stratégique (Ac 13.1-2), mais également d’orientation de l’évangélisation du monde (Ac 8.26, 16.6-10), il faut bien voir qu’il s’agit ici d’éléments particuliers qui interviennent dans le cadre spécifique de l’inclusion des païens dans le peuple de Dieu : la prophétie d’Agabus va servir à ce que les païens contribuent de façon solidaire à la subsistance de leur frère Juifs (Rom 15.27). De même la direction stratégique d’Actes 13 consiste en l’envoi de l’Apôtre Paul qui accomplira ce que Jésus lui-même n’a pas accompli (Ac 13.47 applique à Paul et Barnabas Es 49.6, qui est un passage tiré des chants messianiques du Serviteur de l’Eternel) : être l’Apôtre des païens (Rom 1.5). Il en va de même de ce qui est rapporté en Actes 8.26 et 16.6-10, car cela entre dans le cadre de l’accomplissement de l’histoire de la rédemption, et n’indique certainement pas qu’il s’agit d’actes répétables.

    Ces révélations ont donc eu un sens bien particulier dans l’histoire du salut car elles marquaient l’événement fondamental et fondateur de l’inclusion des païens dans le peuple de Dieu. Il faut bien comprendre que les révélations donnés aux prophètes avaient le même niveau d’inspiration que ce que nous avons maintenant dans nos Bibles. La prophétie et le canon ont la même autorité parce qu’elles ont la même inspiration. La lettre perdue de Paul aux Corinthiens aurait été canonique si elle avait été préservée. Les prophéties des filles de Philippe auraient été canonique si elles avaient été retranscrites. Dans sa Providence, Dieu n’en a pas décidé ainsi, et ce que nous avons dans la Bible nous est pleinement suffisant.

    Dès lors, après la clôture du canon qui est événement unique dans l’histoire, nous nous retrouvons dans une situation différente de tous ceux qui ont vécu à l’époque où le canon était ouvert… A époque différente, administration différente.

    C’est alors une fausse distinction de dire que l’on évalue la prophétie selon le critère de la Parole. La prophétie est tout autant Parole de Dieu que la Bible. Vous écrivez : « Ce n’est pas la révélation qui soit faillible, mais moi. C’est une des raisons pour lesquelles nous devons tout juger selon la mesure de la Parole ». Le problème, c’est que vous êtes faillible. La révélation orale est inspirée, et aussi inspirée que la révélation écrite. Vous êtes aussi faillible en ce qui concerne la révélation orale qu’en ce qui concerne la révélation écrite. Comment votre interprétation faillible de la Parole infaillible écrite de Dieu peut-elle juger votre interprétation faillible de la Parole infaillible orale de Dieu ?!!

    II. Dieu parle dans toute sa Parole, même si tout ne s’applique pas directement à nous.

    Ce n’est pas mon but de m’étendre là-dessus, car je le ferais une autre fois plus longuement. Je veux juste me défendre ici de l’impression que vous avez, à asavoir qu’en étant cessationiste je rends caduc un nombre important de passages de la Parole de Dieu. Permettez-moi de vous expliquer que ce n’est pas du tout le cas.

    D’abord, il faut bien comprendre qu’on ne doit pas considérer tout ce qui est écrit dans le livre des Actes comme quelque chose qui est normatif pour la vie de l’Eglise aujourd’hui. Un texte narratif décrit ce qui s’est passé. A l’inverse, un texte didactique décrit ce qu’il faut faire dans certains cas. Les Evangiles et le livre des Actes sont globalement narratifs, alors que les Epîtres sont essentiellement didactiques.

    Dès lors, tout ce que Luc rapporte de ce que l’Eglise faisait n’indique pas que c’est ce que nous devons faire. Au contraire, nous devons nous contenter de trouver dans ces passages des illustrations de ce qui est enseigné ailleurs de façon didactique. Donc, si le reste du NT n’enseigne pas que c’est une chose normale que Dieu dirige son peuple d’une façon extraordinaire sans le moyen de la Parole écrite, alors je ne dois pas considérer que l’événement extraordinaire rapporté par Luc est quelque chose que Dieu promet d’accomplir dans tous les temps.

    D’une manière générale, le livre des Actes nous donne des exemples d’application (qui dépendait de la situation de l’Eglise primitive) que nous ne pouvons pas nous-mêmes appliquer (parce que nous ne sommes pas dans la même situation) mais qui illustre des principes que nous trouvons dans les épîtres et que nous devons appliquer (il faut aujourd’hui appliquer un principe d’une façon différente dont l’Eglise primitive le faisait dans sa situation parce que nous ne sommes pas dans sa situation). Laissez-moi vous donner un exemple : Luc rapporte que les chrétiens de Jérusalem « allaient chaque jour au temple pour enseigner et annoncer la bonne nouvelle de Jésus-Christ » (Ac 5.42). Est-ce que ça veut dire que nous devons aller au temple tout les jours ? Non, car le temple de Jérusalem a été détruit en 70, et d’ailleurs les chrétiens se sont fait expulsés du temple bien plus tôt. Est-ce que ça veut alors dire que nous devons aller à l’église tous les jours pour y prêcher l’Evangile ? Non, car je doute que c’est ainsi que l’Evangile progressera le mieux. Le principe qu’illustre ce passage, c’est qu’il faut se faire « tout à tous » (donc ici, « Juif avec les Juifs ») et qu’il faut aller évangéliser là où il y a des gens à évangéliser. La situation de l’Eglise a changé donc l’application de la Parole change également et n’est plus aussi directe. Ce n’est pas rendre la Parole de Dieu caduque.

    De là même façon, diriez-vous que je rends caduc la Parole de Dieu si j’explique que les généalogies ont leur place dans leur Bible parce qu’elles montrent que le plan de Dieu converge vers Jésus-Christ ? L’utilité pour le peuple de Dieu aujourd’hui n’est pas directe. Mais le détail des généalogies montrent que Dieu préservait son peuple et le faisait croître pour que la lignée messianique soit préservée. Une telle interprétation de l’importance des généalogie n’a pas une application directe pour le croyant d’aujourd’hui. Mais pendant la lecture des généalogies, elle permet au croyant de tourner son regard vers Jésus (et non vers lui-même, comme c’est le cas pour ceux qui pensent que les généalogies montrent que chaque individu est important aux yeux de Dieu). C’est exactement en ce sens que je comprends l’utilité des instructions concernant le don de prophétie. Elles me montrent comment Jésus a agi autrefois dans son Eglise pour lui donner un fondement, et je peux donc m’émerveiller de la Providence de Dieu a cette époque spécifique. Et l’interprétation cessationiste a pour avantage de maintenir que la seule Parole de Dieu qui est à notre disposition est la Bible. Du coup notre regard est tourné vers l’extérieur, ce qui est objectif, ce qui est dans la Parole écrite, plutôt que vers l’intérieur, ce qui est subjectif, ce qui serait dans une parole orale de Dieu.

    Si donc c’est le principe qui prévaut, et non l’application qui dépend de la situation, alors la Parole de notre Seigneur en Matthieu 7.15-20 concernant la façon par laquelle on reconnaîtra les faux prophètes n’est pas plus « caduque » que la parole de notre Dieu en Deutéronome 18.15-22 concernant également la façon par laquelle on reconnaîtra les faux prophètes. Le principe qu’il y a derrière, c’est qu’il faut distinguer entre ce que vient de Dieu et ce qui ne vient pas de lui. Et aujourd’hui, dans notre situation, l’application c’est qu’il faut rejeter tout ce qui n’est pas dans ce qui nous reste des paroles des prophètes, i.e. le canon de la Bible. Tout autre parole pourra être objectivement testée selon les procédures de Matthieu 7.15-20 et de Deutéronome 18.15-22 (et sera invariablement fausse dès qu’elle se séparera de la Bible).

    III. Dieu parle tantôt d’une manière tantôt d’une autre… selon les époques…

    Oui, « après avoir autrefois, a bien des reprises et de bien des manières parlé à nos pères par les prophètes [cf. Job 33.14-15], Dieu nous a parlé, dans les derniers jours, par le Fils… » (Héb 1.1-2). L’idée principale de ce verset, c’est que Dieu ne se révèle plus à nous de la même façon maintenant que le Fils est venu et qu’il a fait rayonné parfaitement la gloire de Dieu le Père. Le NT est ce recueil des paroles prophétiques prononcées et écrites après la Crucifixion qui donne une image parfaite du Fils qui est l’image parfaite du Père. Quand Dieu parle, c’est pour se révéler. Et aujourd’hui, Dieu se révèle là où il donne la plus fidèle image de lui-même : dans l’image du Fils que reflète la Bible.

    Ce qui se passe au jour de la Pentecôte, c’est que des hommes et des femmes entendent dans leur langue les « merveilles de Dieu ». De quoi s’agissait-il ? Je pense qu’à ce moment-là, les chrétiens ont commencé à parler dans la langue des personnes présentes en expliquant toute l’œuvre de Dieu accomplie dans l’AT. Pourquoi donc ? C’est parce que juste après Pierre va commencer son sermon de la Pentecôte par une histoire de la rédemption qui commence dans l’AT, qui mène à la croix et qui est destiné a suscité la repentance. Le rôle de ceux qui prophétisèrent étaient donc de préparer le terrain pour le message de la repentance. Un don surnaturel de prophétie était nécessaire pour effectuer cela parce que le NT n’était pas encore écrit. Les « merveilles de Dieu » consistaient en une nouvelle doctrine dans la mesure où il s’agissait d’une relecture, d’une précision de l’histoire de l’AT. Mais maintenant que nous avons le NT pour nous aider à comprendre l’AT, nous n’avons plus besoin de prophéties. Et donc, dans les derniers jours, nous pouvons effectuer la même chose que ceux qui prophétisaient le jour de la Pentecôte sans pour autant être des prophètes, du moins dans le sens que nous discutons.

    Enfin, je n’ai aucun verset dans la Bible qui me disent que les dons ont cessé, mais il n’y a pas non plus de versets qui disent que Dieu est trinitaire ou que le Fils est pleinement Dieu et pleinement homme, et pourtant je le crois parce que je crois que c’est l’enseignement de la Bible. Il en va de même pour la question de la cessation des dons apostoliques.

    Un grand merci à vous

    Je vous remercie du cadre courtois que vous avez instaurer pour qu’une discussion fraternelle entre personne de théologie (et de culture différente) puisse avoir lieu. Mon but est d’être le plus cohérent dans mon interprétation de la Parole de Dieu, et vos objections me font réfléchir. J’espère que mes objections vous aideront à être plus cohérent. Je ne veux pas dire par là que je souhaite que vous cessiez d’être Pentecôtiste, mais ça ne fera de mal à aucun d’entre nous d’essayer de comprendre le mieux possible la Parole de notre Seigneur qui, seule, est la règle de notre vie et de notre foi.

    J’aimerais souligner une dernière chose : ce qui nous éloigne fondamentalement est notre conception du Sola Scriptura protestant (et biblique). Pour vous, ce qui n’est pas en désaccord avec la Parole de Dieu peut venir de Dieu. Pour moi, ce qui n’est pas en plein accord (explicitement ou implicitement) avec la Parole de Dieu ne peut pas venir de Dieu. C’est pourquoi, nous ne parviendrons probablement pas à un accord. Ce qui n’empêche certainement pas que nous discutions pour étudier notre Bible et être ainsi toujours plus émerveillé de la profondeur, de la beauté et de la valeur de sa Parole.

    Pierre-Sovann Chauny

  4. Patricia

    Très beau débat à travers lequel (et surtout à l’aide de la Parole) je cherche à me positionner

    • Gérard LAMBERT-GIMEY (pasteur à MONTAUBAN)

      Merci Seigneur pour cet échange fraternel et ferme tout à la fois. Voici joint un article intérressant de feu Fernand LEGRAND à propos du  » cessationisme/continuationisme « :

      http://www.google.com/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=1&ved=0CCEQFjAA&url=http%3A%2F%2Fbible.lapetina.org%2FfernandLegrand%2FCessationisme.doc&ei=u5jtT5mrGsmtiAer77CsDQ&usg=AFQjCNHBiVtMDaG9AtfRAoo6ayNwNmklmA

      • Je vous remercie, cher pasteur, de l’article. Comme c’est long (plus de cinq pages imprimées), je donne son adresse pour les lecteurs.

        Nous reconnaissons que Dieu est souverain et qu’il y avait un temps pour certaines choses telles que la manne et l’inspiration des Écritures. Comme dit l’article que vous citez, « il reste à voir l’enseignement de la Bible sur le sujet. » Le texte de 1 Corinthiens 13, employé dans l’article que vous citez, est souvent employé pour prouver que les dons spirituels ont cessé. Pourtant, l’intention du texte est de démontrer la supériorité de l’amour par le fait qu’il est permanent :

        « L’amour ne périt jamais. Les prophéties seront abolies, les langues cesseront, la connaissance sera abolie. Car nous connaissons en partie, et nous prophétisons en partie, mais quand ce qui est parfait sera venu, ce qui est partiel sera aboli » (1 Cor 13:8-10 NEG)

        Paul dit que trois choses seront abolies ou cesseront : les prophéties, les langues et la connaissance (apparemment la parole de connaissance mentionnée dans 12:8). Dans ces versets (13:8-10), nous apprenons certains aspects de ces dons spirituels :

        1. Ils étaient toujours valables quand Paul écrivait ces versets. La cessation de ces dons étaient toujours future : « …seront abolies…cesseront… »
        2. L’exercice de ces dons était partiel : « nous connaissons en partie, et nous prophétisons en partie… »
        3. Ces dons seraient abolis : « ce qui est partiel sera aboli. » Encore l’emploi du verbe au futur indique la validité actuelle des dons au moment où Paul écrivait ET leurs cessation éventuelle — deux choses différentes.
        4. Ces dons seraient abolis « quand ce qui est parfait sera venu ». 

        Cette dernière vérité indique que les dons resteront valables jusqu’à l’arrivée de « ce qui est parfait ». De quoi s’agit-il ? Certains croient qu’il s’agit de la Bible. L’achèvement de la Bible fait en sorte que les dons spirituels ne sont plus nécessaires pour l’église. Nous soulignons l’autorité finale des Écritures, la Parole infaillible de Dieu. Nous ne mettons pas en question l’inspiration plénière et verbale des Écritures. La seule question ici est si Paul pensait à l’achèvement des Écritures quand il a parlé de la venue de ce qui est parfait. La suite indique que Paul pensait à quelque chose qui est toujours futur :

        « Aujourd’hui nous voyons au moyen d’un miroir, d’une manière obscure, mais alors nous verrons face à face; aujourd’hui je connais en partie, mais alors je connaîtrai comme j’ai été connu » (1 Cor 13:12 NEG).

        Notons ce qu’il dit dans ce verset :

        1. Deux fois il fait un contraste entre « Aujourd’hui… » et « mais alors… »
        2. Ce qui est partiel est contrasté avec l’état futur : « je connais en partie, mais alors je connaîtrai comme j’ai été connu. »
        3. Cet état futur est défini comme une vision claire, « face à face » avec Dieu : « nous voyons… d’une manière obscure, mais alors nous verrons face à face. »

        Il est clair que nous ne voyons pas encore face à face et que notre connaissance est toujours partielle. Paul parle de l’état futur qu’il mentionnera encore dans 15:23-28. L’implication de 1 Corinthiens 13 n’est pas que les dons spirituels ont cessé, mais qu’ils continueront jusqu’à la venue de ce qui est parfait. Loin de démontrer la cessation des dons spirituels, 1 Corinthiens 13 démontre leur continuation jusqu’à l’avènement de Jésus-Christ.

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