Je viens de poster la réponse suivante à l’article « Le don de prophétie aujourd’hui » sur le site réformé évangélique Réflexions chaunypsiennes. Selon l’article, ceux qui pensent que le don de prophétie est toujours disponible aujourd’hui adoptent une position « un peu schizophrène ». Vous pouvez lire son article en cliquant ici. Voici ma réponse (qui est aussi publié sur le site mentionné).
Nous affirmons l’autorité finale des Écritures.
Je vous remercie pour un article intéressant et bien recherché. En tant que pentecôtiste, j’aimerais bien répondre, s’il vous plaît. Le pentecôtiste reconnaît bien que le Nouveau Testament est aussi inspiré que l’Ancien Testament. Paul était conscient du fait qu’il écrivait la Parole de Dieu (1 Thessaloniciens 4:8) et Pierre reconnaissait les écrits de Paul comme « Écritures » (2 Pierre 3:15-16). Pourtant, le pentecôtiste fait une distinction entre la parole dite et la Parole écrite. Tout ce qui se dit doit s’accorder avec ce qui est écrit. Le divin processus de l’inspiration s’appliquait surtout à la rédaction des Écritures : « Toute écriture est inspirée de Dieu… » (2 Timothée 3:16-17). Si les hommes ont été « poussés » par le Saint-Esprit (2 Pierre 1:21), le terme « inspiration » s’applique aux Écritures de sorte que toute parole écrite est la Parole de Dieu grâce à (1) l’élévation de la compréhension de l’auteur humain, (2) la surveillance par le Saint-Esprit du processus pour que les Écritures soient partout et entièrement inspirées (inspiration plénière) et (3) la suggestion de termes pour que le vocabulaire choisi communique avec précision la pensée de Dieu (inspiration verbale), (sans parler de la préparation de l’homme pour cette tâche). Ainsi, la Parole de Dieu écrite est la mesure de toute prophétie ultérieure tout comme à travers l’histoire du peuple de Dieu, toute prophétie devait s’accordait avec tout ce qui avait été prophétisé ou révélé antérieurement.
C’est pour cette raison que Paul dit que toute prophétie qui est donnée dans l’assemblée doit être jugée (1 Corinthiens 14:29). Paul parle de prophétie et en même temps de la nécessité de la juger. Encore il dit d’examiner les prophéties et de retenir ce qui est bon : « N’éteignez pas l’Esprit ; ne méprisez pas les prophéties ; mais examinez toutes choses, retenez ce qui est bon » (1 Thessaloniciens 5:19-21).
Le don de prophétie de 1 Corinthiens 12 et 14 ne sert pas à donner de nouvelles doctrines.
En tant que pentecôtiste traditionnel, je dis un grand AMEN que la Bible est « complète, efficace, suffisante, inerrante, infaillible et faisant autorité ». C’est exactement ce que nous enseignons. Mais il faut comprendre que le but de la prophétie, en contraste avec les Écritures données par l’inspiration verbale et plénière, n’est pas de donner de nouvelles révélations. On ne s’attend pas à ce qu’il y ait de nouveaux enseignements. Paul dit : « Celui qui prophétise, au contraire, parle aux hommes, les édifie, les exhorte, les console » (1 Corinthiens 14:3). Édification, exhortation et consolation ; pas de nouveaux enseignements. Comme les Écritures sont adéquates (2 Timothée 3:15-17), nous ne devons pas nous attendre à de nouvelles doctrines.
Concernant la prophétie dans le Nouveau Testament, nous lisons que certains frères « (Poussés) par l’Esprit, ils disaient à Paul de ne pas monter à Jérusalem » (Actes 21:4). Quant à Paul, il a compris que « de ville en ville, le Saint-Esprit atteste et me dit que des liens et des tribulations m’attendent » (Actes 20:23), et non pas qu’il ne devait pas monter à Jérusalem. Après la prophétie d’Agabus, « nous et ceux de l’endroit, nous avons supplié Paul de ne pas monter à Jérusalem. Alors Paul répondit : Qu’avez-vous à pleurer et à me briser le cœur ? Car moi, je suis prêt, non seulement à être lié, mais encore à mourir à Jérusalem pour le nom du Seigneur Jésus. Comme il ne se laissait pas persuader, nous n’avons plus insisté et nous avons dit : Que la volonté du Seigneur se fasse ! (Actes 21:12-14). Nous notons que cette sorte de prophétie n’avait rien affaire avec une nouvelle doctrine et qu’elle était sujette à de diverses interprétations : les uns disaient que Paul ne devait pas monter à Jérusalem ; Paul a bien compris qu’il serait lié à Jérusalem. Dieu ne disait pas à Paul de ne pas monter à Jérusalem ; il le préparait pour ce que l’attendait.
On ne peut pas argumenter pour une cessation des dons spirituels sur la base de 1 Corinthiens 13.
Avec mes respects, votre argument concernant la cessation des dons spirituels, basé sur 1 Corinthiens 13:8-13, est plutôt forcé. Si, comme vous le dites, nous voyons Christ maintenant « face-à-face » grâce au Saint-Esprit (et je suis d’accord que le Saint-Esprit demeure en tout chrétien né de nouveau, Romains 8:9), Paul n’aurait pas pu faire le contraste entre « aujourd’hui » et « alors » parce que l’Esprit avait déjà été donné quand Paul écrivait ces paroles. En plus, ce contraste continue dans la phrase suivante : « aujourd’hui je connais partiellement, mais alors, je connaîtrai comme j’ai été connu » (1 Corinthiens 13:12). Pouvons-nous affirmer que nous connaissons Christ comme nous avons été connus ? Cette parole que nous connaissons partiellement, était-elle seulement pour les chrétiens du premier siècle ? Sommes-nous vraiment arrivés à la perfection ?
Que penser des prophéties vagues ?
Vous avez raison de dire que les prophéties que l’on entend parfois dans les milieux pentecôtistes et charismatiques « ne sont que de vagues exhortations sans contenu spécifique et que l’on [ne] peut [pas] donc juger vrai ou faux ». Quand j’entends quelqu’un ne prophétiser que Dieu nous aime, je tire la conclusion que ce « message » était sur le cœur de la personne, mais qu’elle n’a pas été « poussée » par l’Esprit de Dieu. Les pasteurs sont trop souvent laxistes à cet égard. Paul dit « que les autres jugent » (1 Corinthiens 14:29). C’est rare d’entendre un pasteur dire aux brebis si une prophétie était ou n’était pas de Dieu. Et trop souvent, comme le pasteur ne dit rien, les brebis acceptent la prophétie comme un message de Dieu. Les bergers sont appelés à protéger les brebis, mais trop souvent ils abandonnent leur poste.
Au sujet de ces « vagues exhortations », il y a quand même une certaine tension dans les Écritures entre la foi et la révélation. La révélation de Dieu n’enlève pas la nécessité de marcher par la foi et de lui faire confiance. Par exemple, dans les Actes 16:6-10, Paul marche pendant des semaines sans savoir d’une manière précise la volonté de Dieu : Quand Dieu nous parle, ce n’est pas pour nous épargner l’effort de discerner, d’évaluer et de marcher par la foi. « Empêchés par le Saint-Esprit d’annoncer la parole dans l’Asie, ils traversèrent la Phrygie et le pays de Galatie. Arrivés près de la Mysie, ils tentèrent d’aller en Bithynie ; mais l’Esprit de Jésus ne le leur permit pas » (Actes 16:6-7). Arrivé à Troas, Paul a une vision : « un Macédonien debout le suppliait en disant : Passe en Macédoine, viens à notre secours ! » (Actes 16:9). Pourtant, Dieu n’a pas dit d’aller en Macédoine. Mais Luc nous dit que c’est la conclusion qu’ils ont tirée de la vision : « nous avons aussitôt cherché à nous rendre en Macédoine, concluant que Dieu nous appelait à y annoncer l’Évangile » (Actes 16:10). La parole prophétique n’enlève pas la nécessité de réfléchir. Nous marchons par la foi, nous évaluons les circonstances, et nous sommes à l’écoute pour bien discerner la direction de Dieu, mais quand il parle, il nous reste toujours d’évaluer et de tirer une conclusion. C’est une des raisons pourquoi les prophéties directives ne sont pas bibliques : elles enlèvent l’élément du discernement, du jugement et la nécessité de marcher par la foi.
Le Dieu de la Bible est le Dieu d’aujourd’hui et le message de la Bible est le message pour aujourd’hui.
Ce qui me semble plus problématique dans votre article, c’est que le Dieu de la Bible n’est plus disponible pour son peuple. Le Dieu qui a parlé à Adam, Abraham, Isaac, Jacob, David, Pierre, Philippe, Paul et à tous les autres, est maintenant déiste et muet. Il m’a donné la Bible pour que je sache ce qu’il était et ce qu’il a fait dans le passé, et bien sûr – et pour ce point, je suis d’accord – pour que je vive selon sa parole, mais concernant mes choix de métier, de mariage, de ville, etc., il m’abandonne. Il n’a pas de plan spécifique pour ma vie. Il n’est pas important avec qui je me marie pourvu que cette personne soit chrétienne. C’est à moi de décider grosso modo comment je vais passer mes jours sur cette terre. Cette vision de la vie ne me plaît pas du tout parce qu’elle n’est pas biblique. Voilà le problème de cette interprétation. Je dois vivre selon la Bible mais je ne peux pas m’attendre à vivre comme les gens de la Bible qui ont marché avec Dieu. Je dois croire en Dieu, mais je ne peux pas le connaître ici-bas. Désolé, mais ce n’est pas une vision biblique. Jésus dit : « Mes brebis me connaissent… mes brebis entendent ma voix » (Jean 10:14, 27).
Avec tous mes respects, selon votre vision des choses, tout est bien ordonné, il n’y a pas de désordre, tout est à sa place. C’est beaucoup plus facile de supprimer ce qui peut dérailler que de ranger les choses qui se dérangent de temps en temps. Mais la Parole de Dieu n’est-elle pas pour nous aujourd’hui ? « N’éteignez pas l’Esprit ; ne méprisez pas les prophéties ; mais examinez toutes choses, retenez ce qui est bon » (1 Thessaloniciens 5:19-21). Cette parole n’est-elle pas pour nous ? Quelle sorte d’herméneutique se termine par supprimer la Parole de Dieu ? Nous lisons dans 1 Corinthiens 14, que l’auditeur de la prophétie « est convaincu par tous, il est jugé par tous ; les secrets de son cœur sont dévoilés. Alors, tombant sur la face, il adorera Dieu, et publiera que Dieu est réellement au milieu de vous » (1 Corinthiens 14:24-25). N’en avons-nous pas toujours besoin aujourd’hui ?
Je suis bien d’accord avec vous qu’il y a des choses à corriger dans les églises pentecôtistes et charismatiques. Concernant les prophéties, John Bevere a écrit un livre excellent : Ainsi parle l’Éternel ? Il y a des pasteurs pentecôtistes qui cherchent à corriger les excès afin que Dieu soit glorifié. S’il y a des problèmes, corrigeons-les, mais ne jetons pas le bébé avec l’eau de bain. Que le Seigneur nous aide. Et qu’il vous bénisse abondamment, mon frère.
Mise à jour : Les liens du premier paragraphe ont été mis à jour le 11 octobre 2012.
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